« La beauté silencieuse et salubre des plantes éveille en moi des sympathies profondes. Tout est toujours en elles d’une propreté miraculeuse. Pas de sang tumultueux, l’avez-vous remarqué ? Pas d’entrailles malodorantes. Pas de coeur chaotique. La sève circule sans heurts le long de leurs tiges altières. Et pas non plus de bruyante déglutition. Une absorption continue, sereinement concentrée. Pas de cris au moment des amours, de glapissements, de feulements, de brames ou de halètements. Une calme éclosion, des parfums de nectaires, des pollens qui voyagent au vent ou sur le corps affairé des insectes. »
Antoine travaille en tant que responsable jardinier pour le compte d’une ville. Il est logé chez madame Frison, vieille dame impotente. Antoine s’entend très bien avec madame Frison à laquelle il rend service autant qu’il peut. Mais parce que la vieille dame lui demande un jour d’aller chercher une petite râpe dans un buffet il y découvre ses économies. Pourquoi sa logeuse garde-t-elle dans un tiroir autant d’argent ? Antoine fait par ailleurs la connaissance de Clémence. À la mort de madame Frison il s’avère que celle-ci, sans descendance et famille directe, a fait donation de sa maison à son locataire. Mais l’argent disparaît peu à peu dans le tiroir. Qui vient en prendre ? La réponse amènera Antoine, à souhaiter ardemment le retour d’un élément salubre et salvateur, purificateur comme le feu : l’herbe !
Particularités
J’ai profité du fait que ce livre soit devenu indisponible pour en entreprendre la ré-écriture. Le contenu général reste le même mais les enjeux en seront plus explicites. La matière elle-même est remaniée selon le principe d’une « histoire en soi », c’est à dire d’une histoire dans laquelle il n’y a pas de circonstances inutiles ou fortuites.
« Serait-il important de savoir pourquoi j’étais arrivé là, à la suite de quoi ? Serait-il important de savoir qui étaient mes parents et comment ils vivaient ? De quelle manière ils s’y étaient pris avec moi quand je vivais chez eux ? Si moi-même j’avais déjà eu une femme et même, peut-être, un enfant ?
Serait-il important de savoir si j’avais voyagé ? Si j’avais lu beaucoup de livres ? Si j’aimais le sport ? Si je consultais les journaux ? Si je m’intéressais à la politique ou à la géopolitique ? Si j’aimais la musique ? …
Vous comprendrez, je pense, que la question est large, quasiment insondable mais, pour autant, vous ne démordrez peut-être pas du fait que ce serait à moi de savoir ce qui serait à retenir et de le faire valoir tout en laissant le reste…
Je pense autrement. Je pense qu’il faut se dire que c’est une histoire en soi et qui trouvera elle-même ce qui aura compté pour elle, une histoire tellement dépendante des circonstances que celles-ci se présenteront à point nommé, en temps voulu, selon sa gravitation propre. »
Intention
Un premier retour d’expérience m’a fait comprendre que si ce roman court a séduit, il aussi dérouté. Dans sa ré-écriture je me suis fixé surtout trois objectifs :
- Rendre plus explicite les enjeux, en montrant en particulier la complémentarité des intrigues.
- Supprimer des parties qui ont paru digressives,
- Étoffer la matière pour lui donner plus de réalité crédible.
