Le temps de l’écriture
J’étais, entre temps, devenu garde-forestier, en deuxième poste à la maison forestière Dauvillers, celle-là même où m’avait précédé, quelque 50 années plus tôt, l’oncle Fouchs du roman de Jean Egen, Les Tilleuls de Lautenbach.
Nous avions des chèvres, une vache, deux cochons, des abeilles. Geneviève fabriquait notre pain. Que de rêves ! Que d’amis ! Lorsqu’il montait chez nous, je lisais quelquefois de mes poèmes à Jean-Paul Sorg, le grand spécialiste de Schweitzer et coauteur avec Jean-Paul Klee de Le Rhin est mort…
La poésie de Yannis Ritsos (Avant l’Homme) et celle de Pablo Neruda (Résidence sur la terre) avaient cette fois passé par là. Mais aussi les « Canadiens » chanteurs, le puissant Félix Leclerc, l’indomptable et inénarrable Gilles Vigneault. Les Chansons de la patrie amère de Yannis Ritsos mis en musique par Theodorakis et dont la pochette représentait une statue de la Liberté qui pleurait ont eu leur importance. La relecture des Tragiques grecs qui en a résulté et tout cela mêlé et – déjà – la prise de conscience d’une planète mise en danger par l’Homme entrent dans la tonalité de la gravité plus urgente de ce recueil que celle du premier.
Chaque poème est une invitation à ressentir la vie dans sa simplicité et son intensité, à s’abandonner aux émotions, et à renouer avec l’essentiel. Les textes, souvent brefs mais puissants, explorent des thématiques universelles : l’amour, le passage du temps, la perte, la résilience, et surtout, la connexion intime entre l’homme et la vie qui l’entoure. Freitag propose une poésie accessible, mais jamais simpliste, où chaque mot semble pesé avec soin pour en extraire toute la résonance.
Réception
Comme Présence de tout, Appartenance à la vie a eu des lecteurs attentifs. Les commentaires à son propos évoquent une communion intime avec le vivant, une sensualité tactile et musicale de l’écriture, une célébration de l’existence dont la cohérence renforce les liens avec le lecteur, une profondeur du propos sans pesanteur.
Ces grands chiens hurleurs
qui dévoraient nos draps
en pleine nuitLe long des routes
par les plus fortes chaleurs
ces grands chiens jaunes et terreux
et que jamais nous n’avions vusDans notre vie
par quelle porte
étaient-ils donc entrésEt qui les avaient invoqués
*
Ceux dont les dos
dans l’ombre s’élargissent
Ceux dont les mains
Ceux dont les reins
retrouvent le chaudEt le murmure de leurs voix
à la table où l’on mangeCeux dont les pieds
en entrant
pleins de boueEt celui-là seul
sur le seuil
entre deux giboulées
la porte ouverte
comme s’il ne pouvait avoir
ni faim ni froidAvec de grandes dents blanches
comme le rire ardent
de la terre elle-même


