Présence de tout

Couverture du livre Présence de tout, de Gérard Freitag, éditions Saint-Germain-des-Prés. Poésie

Le temps de l’écriture

Après la vie strasbourgeoise et des études interrompues, j’étais devenu un très jeune père de famille… au foyer. Mon épouse Geneviève avait obtenu un poste d’institutrice dans un tout petit village de montagne. L’ampleur des paysages, la communauté humaine bienveillante dont nous nous sentions entourés, la vie des habitants, bûcherons et éleveurs ont beaucoup compté pour moi dans l’éclosion d’un sentiment de veille au milieu des choses.

Mes lectures d’alors étaient aussi nombreuses qu’éclectiques. Rimbaud et Hölderlin restaient mes grands anges gardiens. Mais Francis James et ses églogues, son « âne si doux, marchant le long des houx » m’accompagnaient de plus près sans doute. Mon admiration pour Apollinaire n’avait pas de limite, comme celle que je portais à Rilke, à ses anges et ses sonnets à Orphée, la Vita nova de Danteme parlait de très près…

Si je reste attaché à ce premier recueil c’est à cause de la ferveur simple et sincère que j’y sens toujours présente. Elle m’a permis de ne pas imiter, mais de rester modestement moi-même parmi tant de modèles prestigieux.

Réception

Il a été fait un bon accueil à ce premier recueil et j’en reçois encore quelquefois des retours gratifiants. On lui reconnaît généralement son efficacité poétique, la justesse de sa musicalité, sa sobre intensité, le sentiment de présence au monde qu’il suscite. Il semblerait malgré tout que l’on y reconnaisse un peu l’empreinte de Rainer-Maria Rilke. Je ne m’en dédie pas, c’est trop élogieux !

Avec l’aube les éperviers volent
Escarpent l’air frais

Il y a des vallons si humides
si encaissés
que personne n’y va

Des mains qui ne savent pas encore
où se poser
De maladroites mains embuées

Un désir de roses givrées
De vol
dans l’opacité des brumes et du froid

En rêve
un grand arbre de soie

*

Fermées
les portes de la nuit

Ouvertes
les fenêtres de feu

Je m’endors

Et sur un fleuve de lait
par larges banquises
on flotte du bois

Je m’endors

Et dans tous ses replis
le grand arbre redevient
un arbre de feu
un arbre de sang